Des drones au dessus des pyramides.

Voilà des siècles, sinon des millénaires, que l’on s’interroge sur la présence de chambres secrètes dans les plus anciennes pyramides d’Égypte, celles de Khéops et de son fils Khéphren sur le plateau de Gizeh, mais aussi les deux pyramides construites par Snéfrou (père de Khéops) à Dahchour. Depuis les années 60, plusieurs tentatives d’auscultation technologique ont déjà eu lieu, mais n’ont rien donné.
Aujourd’hui, lors d’une conférence de presse dans un hôtel de Gizeh, le ministre égyptien des Antiquités, Mamdouh Eldamaty, annonce la plus ambitieuse campagne de détection non invasive jamais entreprise. Baptisée Scanpyramids, elle est mise en œuvre par un consortium scientifique formé par l’université du Caire et par l’Institut HIP (Heritage Innovation Preservation). Il est prévu de faire subir aux quatre pyramides trois examens chacune.
Pour commencer, durant le mois de novembre, les ingénieurs utiliseront des caméras à infrarouge pour établir une image thermique de chaque face des quatre monuments. Les relevés seront effectués une demi-heure avant le lever du soleil alors que la température extérieure est au plus bas. « Ce qui nous intéresse, note Jean-Claude Barré (LedLiquid), responsable de l’opération, ce sont d’éventuelles zones froides qui pourraient révéler des courants d’air internes, donc des cavités, des chambres ou des couloirs, à l’intérieur des monuments. » Ce procédé a tout de même ses limites : il ne peut révéler que d’éventuelles cavités proches de la surface des pyramides.D’où la programmation d’une deuxième campagne plus longue, utilisant toujours la thermographie infrarouge. Mais cette fois, les mesures seront relevées sur de longs cycles jour et nuit. On obtient ainsi des images thermiques, qui, après un traitement informatique approprié, offrent une vision encore plus interne de la pyramide. Mais le cœur de celle-ci restera encore hors de portée. C’est pour cela qu’une troisième méthode de détection sera employée – mise au point par des universitaires japonais -, basée sur les muons.
En deux mots, il s’agit de prendre des photographies des pyramides en utilisant non pas la lumière pour impressionner un film argentique, mais les muons (sortes d’électrons lourds) qui arrosent continuellement la Terre, à raison de 10 000 par m2 et par minute. La très grande majorité de ces particules traversent la matière comme du beurre, seules les très rares qui heurtent de front un atome sont arrêtées ou déviées. Le principe de la méthode est donc le suivant : des émulsions photos seront disposées à la base des pyramides durant plusieurs mois. Après développement, si des zones apparaissent plus impressionnées que d’autres, ce sera la signature d’un plus grand nombre de muons ayant traversé la pyramide, et donc de l’éventuelle présence d’une cavité. En croisant les résultats des émulsions photos disposées tout autour de la pyramide, les experts pensent pouvoir localiser ces cavités.
Simultanément à ces auscultations virtuelles, la totalité des sites de Gizeh et de Dahchour sera reconstituée en 3D à partir des milliers de photos prises au-dessus des deux sites par des drones. Une technique de traitement informatique nommée photogrammétrie mise au point par l’Inria permettra de reconstruire les sites en relief avec un détail de l’ordre du centimètre.

Ce dimanche, le ministre et les scientifiques partent remplis d’espoir. Mais combien de campagnes précédentes, certes moins sérieuses, ont échoué lamentablement ? Jusqu’à présent, les pyramides ont toujours résisté aux tentatives d’effraction, si ce n’est celles des voleurs qui utilisaient pelles et pioches. Il faut savoir, par exemple, que la radiographie aux muons n’est pas une nouveauté. En 1968, le Prix Nobel de physique Luis Walter Alvarez l’avait déjà expérimentée avec la pyramide de Khéphren, sans résultat probant. Plus récemment, l’architecte Gilles Dormion a ausculté les deux pyramides géantes de Gizeh avec une technique basée sur la micro gravimétrie. Il a bien relevé des anomalies, mais les sondages effectués dans les murs n’ont pas permis de découvrir la moindre cavité.
Cette fois-ci, les scientifiques auront-ils plus de chance ? Découvriront-ils la véritable chambre funéraire de Khéops ? Ou bien repartiront-ils la queue basse comme tous leurs prédécesseurs ? Mehdi Tayoubi, président de l’institut HIP, reste optimiste : « Beaucoup de missions précédentes ont tenté de percer les mystères des pyramides, et si elles n’y sont pas parvenues, elles ont chacune fait progresser la connaissance comme ce fut le cas, par exemple, il y a tout juste trente ans quand la mission de la fondation EDF a décelé une anomalie de sous-densité en forme spiralée dans Khéops. Notre objectif est d’apporter, aussi, notre pierre à l’édifice et de préparer, en toute humilité, le chemin pour de futures missions de recherche scientifiques. »
Reste que cette campagne de fouille virtuelle a, au moins, un grand mérite : celui de braquer les projecteurs sur ces merveilleuses pyramides malheureusement boudées par les touristes depuis quelques années.
Pour plus d’information : Scanpyramids et Institut HIP

source : Le Point.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s